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mardi, octobre 27, 2009

Sang pour Sang - âme sensible, s'abstenir! Mon bouquin sort enfin!

Vous aimez les histoires à l'eau de rose, les gentils petits bouquins qui vous tirent la larme à l'oeil, les illusoires romans aux fins heureuses ? Passez votre chemin, ce livre n'est pas pour vous!

A venir : sortie de "Sang pour Sang", des éditions TRANSIT (éditeur du Nr 1 Best seller au NYT et un peu partout dans le monde des "dernières années de Michael Jackson" de Ian Halperin), en Novembre au Quebec, en mars 2010 en France. Déjà visible sur:


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"Al aimait le silence de la nuit. Il aimait ses gens aussi : les petites frappes qui n’hésitaient pas à pointer leur nez, les dealers qui dormaient toute la journée et arpentaient les rues une fois l’obscurité tombée à la recherche de nouveaux clients. Il aimait les cris surgis de nulle part, les hurlements des chiens, les gamins qui pleuraient, les alcooliques qui refaisaient le monde. Il aimait les putes aussi, les filles de la nuit, qui fréquentaient ces mêmes frappes, dealers ou autres paumés comme lui. Al aimait la nuit car c’était la seule chose qu’il craignait. S’il avait le malheur de devoir s’endormir une fois la ville engloutie par les ténèbres, il s’arrangeait toujours pour être ivre mort de manière à ne pas se réveiller avant le lever du soleil. Les ténèbres à jeun le terrorisaient. »

Roman policier particulièrement noir, Sang pour Sang raconte la traque sanglante menée par deux flics new-yorkais contre des tueurs qui semblent suivre un parcours aussi chaotique qu’incompréhensible. Une enquête qui sera une véritable descente aux enfers pour l’inspecteur Al Sériani, policier à l’esprit torturé qui préfère la compagnie des prostituées à celle de ses collègues, et pour son coéquipier, David Goldberg, un jeune flic fraîchement sorti de l’académie de police. Un polar haletant et incisif.

Écrit à l'américaine dans un style efficace et dense, avec des dialogues qui évoluent entre du Frédéric Dard et du Audiard, le roman de Gipsy Paladini donne au lecteur une perpétuelle sensation d'empressement et de course contre la montre.

Un premier polar d’une noirceur et d’un cynisme stupéfiants, qui a toutes les chances de s’imposer rapidement comme le véritable successeur des meilleurs « hard boiled » américains. 

lundi, août 03, 2009

La légende de l’égalité de la femme et de l’homme

medium_h_et_f.jpgPensées féministes

A une soirée entre amis, on m’a assuré que la femme était l’égale de l’homme. Encore ignorante de ce fait, j’ai tout de suite voulu profiter des avantages d’une telle situation : j’ai cessé de faire le ménage, j’ai acheté un stock de pizzas congelés, j’ai fait pipi sur la lunette des WC et un peu partout à côté, j’ai laissé traîner mes culottes et mes chaussettes par terre, j’ai donné mon enfant à garder à ma mère pendant que je sortais avec des copines, en rentrant du boulot j’ai glissé mes pieds sous la table en demandant à mon mari ce qu’on mangeait, j’ai surfé sur Internet jusqu’à des une heure du matin, jouant au guerrier invincible sur des jeux interactifs ou masturbant mes yeux sur des sites porno dès que mon moitié avait le dos tourné…

Deux semaines plus tard, mon mari demandait le divorce, ma mère me traitait de mère indigne et mon fils refusait de me parler…

Allez comprendre…

lundi, mars 24, 2008

Question existentielle

 

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(…)

Malgré le bonheur pourtant plus humble que je ne l’avais imaginé d’avoir ainsi achevé ce que je considérais comme mon premier véritable ouvrage, une vague nostalgique s’empara de moi. C’était comme si, en écrivant ce livre, je m’étais libérée de toutes mes pensées, comme si j’avais en quelque sorte balayé mon esprit et qu’il était temps pour moi de passer à autre chose afin de nourrir mon imaginaire de mets nouveaux.

Ma vie aussi, que j’avais jusqu’alors tellement appréciée, avait perdu de sa saveur. Les voyages commencèrent à m’ennuyer, les villes finissaient par toutes se ressembler, un peu comme les hommes d’ailleurs. Je partais un temps mais finissais inéluctablement par revenir au point de départ, à quoi bon donc une telle évasion ? Mon travail n’échappa pas à mon malaise. Je n’y trouvais plus aucune satisfaction, et, pour combler le tout, je tombai gravement malade au retour d’un séjour au Carnaval de Venise.

Un docteur shooté à la connerie du service des urgences dans lequel j’atterris me diagnostiqua (incorrectement) une hernie. Clouée au lit d’interminables journées, je pris pour la première fois conscience de ma solitude. J’étais dans un pays étranger –bien qu’à cette époque même la France, ou surtout la France, m’était étrangère-, j’avais certes de nombreux amis mais personne de vraiment très proche, et surtout aucun membre de ma famille pour me consoler. Je crois que c’est dans ce genre de situation qu’on se rend compte de l’importance de celle-ci.

Pour la première fois depuis mon arrivée dans ce pays j’étais donc seule, vraiment seule.

En près de deux ans, j’avais toujours travaillé ou voyagé et, d’un jour à l’autre, je devais rester alitée avec pour unique compagnie des pensées non pas fictionnelles, comme je les affectionnais, mais purement existentielles.

Qu’allais-je faire de ma vie ?

La fameuse question que je me posais déjà il y a deux ans. J’en revenais donc au point de départ. A croire que l’existence est ainsi faite : on passe notre temps à se poser cette question jusqu’au jour où on réalise qu’on est vieux et usé. Alors on se retourne et on se dit : « qu’ai-je fait de ma vie ? ». Et la réponse est « rien » car on a passé son temps à tenter de répondre à la première question.

samedi, mars 22, 2008

Souvenir américain

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Assise dans l’avion en partance pour les Etats-Unis, je miroitais déjà les plages ensoleillées, les décapotables rutilantes, les surfeurs bronzés, au lieu de quoi j’atterris dans une auberge de jeunesse miteuse dans le quartier grunge de San Francisco.

Pendant plus de deux mois, je partageai ma chambre avec six filles tatouées et piercées dont une infirmière suisse lesbienne qui adorait me regarder dormir, me causant du fait des frayeurs mémorables lorsque je la trouvais, à mon réveil, assise au bord du lit à me caresser le visage.

Le reste du casting valait autant le détour, une armée d’humanoïdes qui s’étaient paumés dans la vie mais se retrouvaient le temps d’une ligne de coke qu’ils sniffaient assis par terre en regardant South Park à la télé.

Comme je n’avais pas de boulot et tout juste de quoi survivre deux jours, ayant voyagé avec deux cent dollars en poche, je me présentai au propriétaire syrien dont le sourire s’élargit jusqu’aux oreilles en me voyant. C’est sûr avec mes brushings, mes robes qui sentaient la lavande et mes faux ongles, c’était moi la marginale dans le tas.

Il me proposa de remettre un peu d’ordre à la réception où tout le monde et personne ne bossait vraiment. Je dus partager une pièce ou plutôt un placard de huit mètres carrés avec un italien joufflu qui n’avait pas connu les joies du bain depuis au moins six mois. Faut dire aussi que pour se laver dans les douches recouvertes de crasse entre autres substances douteuses qui s’accrochaient obstinément à l’émail écaillé des salles de bain de l’hostel, fallait vraiment ne pas pouvoir se passer des douces caresses du gant de toilette. Silencieusement, je maudis le guide du routard qui m’avait envoyée dans cet endroit apocalyptique mais pittoresque. C’est sûr, on était loin des villas de rêve…des golden boys américains, des beaux Jason, John ou Luke des séries américaines qui nous faisaient nous consumer de désir, adolescentes.

Après avoir dégoté une fausse green card dans le quartier mexicain de Mission, d’où je me fis raccompagner en voiture par un énigmatique mais néanmoins sympathique latino constellé de tatouages avec qui je discutai des avantages et inconvénients de vivre illégal aux Etats-Unis et qui me conseilla gentiment de ne pas me laisser accoster par n’importe qui, comme je l’avais fait avec lui, parce que la prochaine fois je pouvais ne pas tomber sur un membre de gang aussi compatissant (gloup), je trouvai un boulot dans un bistrot tenu par un hystérique parisien avec un affreux accent exagérément français et fréquenté par une Sharon Stone incognito qui ne quittait jamais ses lunettes de soleil même pour manger.

Entre mon boulot à l’auberge de jeunesse et celui au restaurant, j’atteignais les cent heures hebdomadaires. Mes apports d’argent s’élevant entre 120 et 170$ la soirée, au bout de deux mois seulement, je pus finalement m’acheter mon premier ordinateur, un gros portable super lourd que je ne quittais jamais même quand je dormais.

Quel bonheur d'avoir enfin de la compagnie, quelqu’un à qui j’allais pouvoir confier mes états d'âme les plus déjantés.

Dorénavant je ne serais plus jamais seule.

 

dimanche, avril 15, 2007

La société qui n’aimait pas les intellectuels

Avec la prolifération des Paris Hilton, Loana & Co, on ne peut que se poser une question primordiale: qu’est devenue la société d’antan, celle qui louait les intellectuels et récompensait les têtes pensantes...de nos jours, soyons réalistes, on a plus de chance de faire fortune en posant dans Playboy qumedium_Picasso-Demoiselles2.jpg’en publiant un essai philosophique. C’est un peu triste pour les jeunes d’évoluer dans un monde où la connerie paie tellement plus. A moins que ce soit le physique. Les deux ajoutés, je vous laisse imaginer...

J’ai toujours pensé que les femmes qui se déshabillaient le faisaient essentiellement parce qu’elles n’avaient pas les dispositions intelectuelles pour gagner de l’argent autrement...jusqu’à ce que j’aille au Brésil, où poser nu est une banalité, quasiment même une formalité. Un jour, je discutais avec une avocate brésilienne, une très belle femme intelligente, qui n’avait elle non plus pas résisté à Playboy. Un peu surprise, je lui demandai pourquoi elle avait accepté d’ainsi exposé son intimité au monde entier. Alors elle m’a répondu: “avez-vous déjà vu les chèques qu’ils signent?”. Non, mais j’imagine qu’ils doivent être bougrement convainquants...

Il faut donc bien que je me rende à l’évidence qu’on vit dans une société où on est plus payer à montrer ses fesses qu’à prouver son intelligence...c’est peut-être une question d’esthétique, après tout une paire de fesses, c’est bien plus jolie qu’une cervelle...à moins que ce soit une question de proportion. Le jour où on trouvera un moyen de siliconer notre cerveau, peut-être alors que les gens s’intéresseront à ce qu’il y a dedans...

 

mardi, janvier 09, 2007

Vengeance d'écrivain

(Extrait d'un manuscrit)

medium_Weinende_Frau_Picasso_.jpgLe grincement du gond de la porte d’entrée m’arrache à ma douce litanie. La collègue que je méprise le plus fait son entrée. Il s’agit d’une petite boule de femme, tout en méchanceté, d’une cinquantaine d’années, moche comme un pou et qui exsude d’horribles émanations de tabac froid mêlé de transpiration. Son boulot est de fureter derrière notre dos à l’affût de nos moindres erreurs.

Elle s’assoit sur un fauteuil du hall d’entrée en me jetant un coup d’oeil acrimonieux.

Je lui rends la pareille avant de fermer les yeux. Quand je les ouvre à nouveau, une armoire à glace, le corps emprisonné dans un immense serpent tatoué dont la gueule s’ouvre sur sa pomme d’Adam, lui écrase la figure sur la table, un couteau à quelques millimètres de ses yeux horrifiés. Un silence meurtrier emplit la pièce, anesthésiant les rares insectes qui y volent. L’homme à présent lui arrache ses vêtements découvrant une peau vérolée fondant sur un corps rachitique. Elle le supplie de ne pas lui faire de mal, elle ferait ce qu’il lui demanderait. Il ricane. Ce qu’il veut, c’est sa mort. Alors si elle voulait bien arrêter de gigoter, ça lui rendrait service. Elle hurle au désespoir, se pisse dessus, s’arrache les cheveux, mais l’homme est fort. Patiemment, il attend que ses forces s’épuisent avant de lui trancher la gorge. Il laisse alors tomber le corps inerte qui s’aplatit sur le sol en un bruit sourd. Quand il quitte la pièce, je sors de sous mon bureau pour m’approcher précautionneusement du supposé cadavre. Or elle n’est pas morte. Les deux mains autour de son cou charcuté, l’agonisante essaie de parler. Appelle une ambulance, balbutient ses lèvres. Je ne comprends pas, désolée, lui mens-je en la regardant s’étouffer dans son propre sang. Je ricane encore...

...quand une voix suraiguë m’extirpe de mes pensées.

-Qu’est-ce que tu as à ricaner comme une ânesse, me dit ma collègue la laide.

-Une ânesse ça hennit, ça ne ricane pas, lui rétorqué-je en la fusillant du regard.

 Mon imagination l’a faite mourir trop vite, cette conne. Dans ma version corrigée, Kanton, le tueur sadique d’un de mes livres, la travaillera au fer à souder. Ça lui apprendra.

  


 

dimanche, décembre 10, 2006

Blessures, extrait d'un de mes manuscrits

 

 

 

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1965- New York City

Il jouit au moment même où les phares d’une voiture qui passait dans la rue illuminèrent son visage. Ça le rendit heureux. Il se dit que quant à choisir une manière de mourir, il aimerait bien que ce soit comme ça : en plein orgasme avec une lumière aveuglante qui l’emporterait. Il se retira avec un soupir et s’avachit sur le côté droit du lit poisseux. Les premiers symptômes de la gueule de bois s’attaquèrent à son crâne mais, à ce moment précis, il ne s’agissait encore que d’un souci insignifiant. Il devait sourire bêtement parce qu’elle se mit à le regarder d’un air méchant :

-Je te fais marrer ? aboya-t-elle.

Elle arracha la moitié du drap en se levant et claqua la porte de la salle de bain derrière elle. Il préféra éluder la question, ragaillardi par cette rêverie au sujet de la mort.


Encore enlisé dans ses pensées chimériques, Al Seriani se grilla une cigarette, tira longuement dessus en plissant les yeux et consulta sa montre. Cinq heures du mat’. Il se leva à son tour pour regarder par la fenêtre.

C’est beau une ville la nuit, qu’il se dit. La grisaille des bâtiments décrépis s’atténuait grâce à l’obscurité et le reflet de la lumière diffuse des réverbères. Les quelques arbres qui s’agrippaient désespérément à la ville faisaient vibrer leurs feuilles au rythme du vent, émettant par intermittence un long sifflement comme une plainte continue. On apercevait des ombres fuyantes qui se découpaient sur les trottoirs, les murs, les voitures ; des silhouettes mystérieuses qui nous auraient peut-être rebutées vues en plein jour.


Al aimait le silence de la nuit. Il aimait ses gens aussi : les petites frappes qui n’hésitaient pas à pointer leur nez, les dealers qui dormaient toute la journée et arpentaient les rues une fois l’obscurité tombée à la recherche de nouveaux clients. Il aimait les cris surgis de nulle part, les hurlements des chiens, les gosses qui pleuraient, les alcooliques qui refaisaient le monde. Il aimait les putes aussi, les filles de la nuit, qui fréquentaient ces mêmes frappes, dealers ou autres paumés comme lui.

Dire de lui qu’il était un paumé le fit marrer. Plutôt un homme sans but, quelqu’un qui avait baissé les bras, qui ne cherchait plus un quoi et comment, qui se laissait voguer au rythme des années sans chercher à se défendre ; un type qui refusait de trop penser et s’efforçait de parer aux jours puis aux mois qui s’abattaient violemment sur lui.

Al aimait la nuit car c’était la seule chose qu’il craignait. S’il avait le malheur de devoir s’endormir une fois la ville engloutie par les ténèbres, il s’arrangeait toujours pour être ivre mort de manière à ne pas se réveiller avant le lever du soleil. Les ténèbres à jeun le terrorisaient.

Après un dernier regard à un clochard qui chantait ô sole mio en appelant une certaine Mary qu’il jurait d’aimer toute sa vie si seulement elle voulait bien lui daigner un regard, Al retourna se vautrer sur le lit qui se plaignit en grinçant. Il était d’excellente humeur ce matin. Une brise joviale soufflait paisiblement dans son cœur.

Ça allait être une bonne journée.

Un sourire au bord des lèvres, il se tourna du côté de la salle de bain. La porte était toujours fermée.

-Tu te fais une beauté, lapin ?

Un silence méprisant lui répondit.

-Sheila, sois pas comme ça…viens me rejoindre !

Une érection pointait déjà son nez.

-Sheilaaaaaaaaaaaaaa, continua-t-il d’une voix caressante.

Toujours pas de réponse. Il se redressa, impatient.

-Merde, Sheila, qu’est-ce que tu fous ?

La porte s’ouvrit violemment. Sheila, qui s’était rhabillée, le regardait les sourcils froncés.

-T’es défoncé ou quoi ? Qu’est-ce qui te prend de miauler comme ça ? On dirait un putain de chat en chaleur.

Al sentit les os de sa mâchoire craquer lorsqu’il grimaça.

-Voilà où mène la gentillesse, marmonna-t-il en se redressant.

Sheila rejeta la tête en arrière pour s’étouffer dans un rire forcé.

-Gentil…toi, Al ?…Même si tu voulais être gentil, tu ne pourrais pas. C’est pas dans ta nature. Toi, t’es pourri de l’intérieur, t’es…


Le sifflement du poing qui lui passa à quelques millimètres du visage l’interrompit subitement. Son deuxième réflexe ne fut pas assez rapide. Elle se sentit sauvagement tirée à l’arrière par les cheveux. Elle gémit lorsqu’elle atterrit sur le lit et se mit aussitôt à brailler.

-Arrête ! siffla-t-il entre ses dents. Arrête !

Elle n’en fit rien. Bien au contraire. De toutes ses forces, elle battit des pieds et des mains en le bombardant d’obscénités. Les voisins, certainement réveillés depuis un bout de temps, tapèrent rageusement sur les murs minces comme des décors de théâtre.

-On aimerait bien dormir ! s’écrièrent-ils.

-Vous vous croyez au Ritz ou quoi ? Ici c’est un hôtel à putes. On y vient pour baiser.

-Connard, cracha-t-elle, le visage défiguré par la haine.

Al s’apprêtait à la faire taire pour de bon quand le téléphone sonna. Les sourcils froncés, il observa celui-ci comme s’il le voyait pour la première fois.

-Ben, réponds…y va pas te mordre !

-J’ai pas été assez clair ? l’agressa-t-il d’un air menaçant.

Elle se renfrogna. Du bout des doigts, il souleva le combiné pour le porter à son oreille. Il ne se présenta pas.

-Allô ? émit une voix surprise de ne trouver personne à l’autre bout.

-Allô ? reprit la voix avec un brin d’impatiente. Al, merde, c’est moi…

David Goldberg, le petit nouveau. Il lui lâchait pas les baskets celui-là. C’est privé qu’il aurait dû être ; peu importe dans quel hôtel paumé il créchait, David parvenait toujours à le pister.

-Qu’est-ce que tu veux, Dave ?

Il détestait l’appeler David. Trop conventionnel à son goût.

-Tout d’abord « bonjour », dit Dave d’une voix enjouée.

-Il fait pas encore jour…

-Bon -presque- jour alors, grincheux…Raconter tes galipettes nocturnes devant un petit noir ça te dit ?

Sheila continuait à se débattre.

-J’ai pas que ça à foutre, figure-toi. Baise-moi qu’on en finisse ! s’égosilla-t-elle en se tortillant.

Les articulations des doigts de Al résonnèrent dans toute la pièce lorsqu’elles craquèrent. Il ferma les yeux pour tenter de se reprendre. Ça lui prit quelques secondes. Il plaqua alors sa main gauche sur la bouche de Sheila pour l’empêcher de continuer. Comme il pressait de toutes ses forces, elle eut beau tenté, elle ne parvint pas à se libérer.

-Tu disais ? reprit Dave, moqueur.

-Que je bois jamais de petit noir si tôt le matin. Ça me cogne si fort que je reste à moitié illuminé toute la journée.

Dave rit de bon cœur.

-Moi j’aime bien quand t’es illuminé. T’as de bonnes discussions.

-Ah ah…t’es où ?

-Croisement Smith et la vingt-troisième.

-Je connais pas de café là-bas.

-Ça doit être parce qu’y en a pas…si t’as pas encore déjeuné, attends un peu…c’est pas bien joli.

Al soupira.

-Laisse-moi une demi-heure.

-Un quart d’heure. Ça fait déjà une heure que je poireaute ici. J’en ai ma claque.

Al raccrocha. Le gosse avait le don de le faire marrer. Surtout quand il utilisait ce langage de films noirs qui ne collait pas du tout avec son allure frêle de jeune premier. On aurait dit un de ces petits cons de Brooklyn qui se prennent pour Al Capone parce qu’ils portent des chaussures vernies et savent jurer en italien.

Une douleur aiguë le ramena à la réalité. Sheila avait profité de son relâchement pour libérer un bras et attaquait vaillamment la chair de son cou avec des ongles relativement affûtés. Tremblante de rage, elle le défia de ses yeux assassins :

-Oh, y veut pas que ses collègues sachent qu’il se tape une pute, l’inspecteur Seriani…

Al la repoussa, le visage tordu par le dégoût. Il n’y a rien de plus pathétique qu’une pute à l’orgueil froissé.

-Dégage, lui lança-t-il.

Elle ne se fit pas prier. D’un air faussement coquet, elle réajusta une mèche fictive de cheveux décolorés et fit descendre son pull de côté pour dévoiler une épaule.

Comment j’ai pu bander pour une fille pareille, se dit-il. C’était toutes les fois la même question qu’il se posait le matin lorsque la magie s’était évanouie. La magie, ricana-t-il. C’était un mot bien trop délicat pour l’associer à ce genre de vermines.

Il la regarda s’emparer de son sac, lui faire un doigt en grimaçant et claquer la porte comme à l’accoutumée.

Il s’était trompé.

Ça allait être une putain de journée.

 

 
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