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lundi, mars 24, 2008

Question existentielle

 

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(…)

Malgré le bonheur pourtant plus humble que je ne l’avais imaginé d’avoir ainsi achevé ce que je considérais comme mon premier véritable ouvrage, une vague nostalgique s’empara de moi. C’était comme si, en écrivant ce livre, je m’étais libérée de toutes mes pensées, comme si j’avais en quelque sorte balayé mon esprit et qu’il était temps pour moi de passer à autre chose afin de nourrir mon imaginaire de mets nouveaux.

Ma vie aussi, que j’avais jusqu’alors tellement appréciée, avait perdu de sa saveur. Les voyages commencèrent à m’ennuyer, les villes finissaient par toutes se ressembler, un peu comme les hommes d’ailleurs. Je partais un temps mais finissais inéluctablement par revenir au point de départ, à quoi bon donc une telle évasion ? Mon travail n’échappa pas à mon malaise. Je n’y trouvais plus aucune satisfaction, et, pour combler le tout, je tombai gravement malade au retour d’un séjour au Carnaval de Venise.

Un docteur shooté à la connerie du service des urgences dans lequel j’atterris me diagnostiqua (incorrectement) une hernie. Clouée au lit d’interminables journées, je pris pour la première fois conscience de ma solitude. J’étais dans un pays étranger –bien qu’à cette époque même la France, ou surtout la France, m’était étrangère-, j’avais certes de nombreux amis mais personne de vraiment très proche, et surtout aucun membre de ma famille pour me consoler. Je crois que c’est dans ce genre de situation qu’on se rend compte de l’importance de celle-ci.

Pour la première fois depuis mon arrivée dans ce pays j’étais donc seule, vraiment seule.

En près de deux ans, j’avais toujours travaillé ou voyagé et, d’un jour à l’autre, je devais rester alitée avec pour unique compagnie des pensées non pas fictionnelles, comme je les affectionnais, mais purement existentielles.

Qu’allais-je faire de ma vie ?

La fameuse question que je me posais déjà il y a deux ans. J’en revenais donc au point de départ. A croire que l’existence est ainsi faite : on passe notre temps à se poser cette question jusqu’au jour où on réalise qu’on est vieux et usé. Alors on se retourne et on se dit : « qu’ai-je fait de ma vie ? ». Et la réponse est « rien » car on a passé son temps à tenter de répondre à la première question.

samedi, mars 22, 2008

Souvenir américain

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Assise dans l’avion en partance pour les Etats-Unis, je miroitais déjà les plages ensoleillées, les décapotables rutilantes, les surfeurs bronzés, au lieu de quoi j’atterris dans une auberge de jeunesse miteuse dans le quartier grunge de San Francisco.

Pendant plus de deux mois, je partageai ma chambre avec six filles tatouées et piercées dont une infirmière suisse lesbienne qui adorait me regarder dormir, me causant du fait des frayeurs mémorables lorsque je la trouvais, à mon réveil, assise au bord du lit à me caresser le visage.

Le reste du casting valait autant le détour, une armée d’humanoïdes qui s’étaient paumés dans la vie mais se retrouvaient le temps d’une ligne de coke qu’ils sniffaient assis par terre en regardant South Park à la télé.

Comme je n’avais pas de boulot et tout juste de quoi survivre deux jours, ayant voyagé avec deux cent dollars en poche, je me présentai au propriétaire syrien dont le sourire s’élargit jusqu’aux oreilles en me voyant. C’est sûr avec mes brushings, mes robes qui sentaient la lavande et mes faux ongles, c’était moi la marginale dans le tas.

Il me proposa de remettre un peu d’ordre à la réception où tout le monde et personne ne bossait vraiment. Je dus partager une pièce ou plutôt un placard de huit mètres carrés avec un italien joufflu qui n’avait pas connu les joies du bain depuis au moins six mois. Faut dire aussi que pour se laver dans les douches recouvertes de crasse entre autres substances douteuses qui s’accrochaient obstinément à l’émail écaillé des salles de bain de l’hostel, fallait vraiment ne pas pouvoir se passer des douces caresses du gant de toilette. Silencieusement, je maudis le guide du routard qui m’avait envoyée dans cet endroit apocalyptique mais pittoresque. C’est sûr, on était loin des villas de rêve…des golden boys américains, des beaux Jason, John ou Luke des séries américaines qui nous faisaient nous consumer de désir, adolescentes.

Après avoir dégoté une fausse green card dans le quartier mexicain de Mission, d’où je me fis raccompagner en voiture par un énigmatique mais néanmoins sympathique latino constellé de tatouages avec qui je discutai des avantages et inconvénients de vivre illégal aux Etats-Unis et qui me conseilla gentiment de ne pas me laisser accoster par n’importe qui, comme je l’avais fait avec lui, parce que la prochaine fois je pouvais ne pas tomber sur un membre de gang aussi compatissant (gloup), je trouvai un boulot dans un bistrot tenu par un hystérique parisien avec un affreux accent exagérément français et fréquenté par une Sharon Stone incognito qui ne quittait jamais ses lunettes de soleil même pour manger.

Entre mon boulot à l’auberge de jeunesse et celui au restaurant, j’atteignais les cent heures hebdomadaires. Mes apports d’argent s’élevant entre 120 et 170$ la soirée, au bout de deux mois seulement, je pus finalement m’acheter mon premier ordinateur, un gros portable super lourd que je ne quittais jamais même quand je dormais.

Quel bonheur d'avoir enfin de la compagnie, quelqu’un à qui j’allais pouvoir confier mes états d'âme les plus déjantés.

Dorénavant je ne serais plus jamais seule.

 

 
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