Avertir le modérateur

vendredi, janvier 05, 2007

The big joke de la justice française face aux problèmes des femmes battues

medium_bourreau.jpg

(L'histoire de Léa, 1ère partie, tirée d'un fait réel)

C’est l’histoire d’une femme, appelons-la Léa. Elle a 27 ans, deux enfants de 6 et 2 ans. Elle aime les livres d’Ana Gavalda, la musique de Rafaël et les crèpes, mais personne ne le sait. Léa n’a pas d’amis. Elle n’a rien. Juste un grand secret qui lui dévore chaque jour davantage le peu d’estime qu’elle a d’elle-même et de la vie : Léa est une femme battue. 7 ans qu’elle subit les coups de son conjoint. Les morsures, les coups de pieds dans son ventre de femme enceinte, les insultes, les humiliations, je ne vais pas m’étaler sur le sujet, c’est toujours la même chose. Elle a essayé de partir, mais il a pleuré, il lui a demandé de lui pardonner, et comme il savait la manier, après tout c’est lui qui avait modelé la conscience de sa victime, elle est toujours revenue. Une fois pourtant elle avait vraiment cru qu’elle s’en sortirait mais au bout de 5 mois, alors qu’ils devaient débattre de la garde de leur premier enfant, une juge complaisante l’avait convaincue qu’un enfant n’était bien qu’avec son père et sa mère, et comme son bourreau s’était écroulé en larmes, elle n’avait pas pu résister. Deux jours plus tard, la mère de Léa, écoeurée, avait joint la juge pour lui demander des comptes. Voici la réponse que celle-ci lui donna : « occupez-vous de vos affaires et laissez-les vivre leur vie ». Lorsque le policier responsable du dossier appela à son tour la juge, il s’avéra qu’elle n’avait pas même consulté le dossier du bourreau (28 ans et déjà 35 condamnations à son actif). Fucking joke.

Alors vous pensez bien elle a honte. Elle a déçu ses parents qui l’avaient tant aidée. Alors quand deux ans et quelques cicatrices plus tard, les coups n’ont pas cessé, elle décide, un soir de dérouille, de prendre son fils d’un an dans les bras pour s’enfuir loin de la maison. Elle trouve refuge dans un foyer de femmes battues qui l’hébergent quelques jours. Mais comme au bout d’une semaine elle est toujours là, une des assistantes sociales lui fait gentiment remarquer qu’elle ne peut pas éternellement rester dans cet abri. Alors, sans argent, sans connaissance, sans rien, quel autre choix at-elle que celui de revenir dans la gueule du monstre ?

On dit toujours qu’on ne peut pas aider quelqu’un qui ne veut pas être aidé. Je suis tout à fait d’accord. On peut supporter quelqu’un moralement mais on ne peut pas l’obliger à choisir tel ou tel chemin. Souvent c’est lorsque cette personne elle-même sent qu’elle est prête, qu’elle pourra lutter jusqu’au bout.

Un jour donc, alors qu’il la massacre à coups de ceintures, elle réussit à se sauver. Elle va sonner au foyer à 3h du matin. « il n’y a pas de place, désolé », lui dit-on. Alors tremblotante, le coeur déchiré, elle s’en va dormir avec deux autres femmes battues, elles aussi refoulées du foyer (on ne leur a même pas ouvert le portail), dans un wagon abandonné de la gare. Cette fois-ci elle ne veut pas retourner. Elle pense à ses enfants, sa seule raison de vivre. Qu’elle subisse une telle terreur, elle peut vivre avec ça, mais ses enfants, même s’ils ne sont pas (encore) battus, devraient avoir une chance d’une vie meilleure. Décidée, elle met tout de même une semaine avant d’appeler, honteuse, ses parents.

Deux enfants de 6 et 2 ans tous seuls dans un appartement avec un monstre qui n’en a jamais glandé une. Elle veut envoyer la police mais ils lui disent qu’ils ne peuvent pas intervenir puisque c’est sa parole contre la sienne (la parole d’une mère sans casier contre celle d’un mec avec 35 condamnations n’est-elle pas suffisante, p*****, je sais pas ce qu’il leur faut ?). Alors elle va voir la brigade des mineurs qui ne trouve rien d’autre à faire que de la traiter de mauvaise mère (ce qu’une femme battue au psychisme très fragile qui a finalement décidé de se sortir de l’enfer n’a vraiment pas besoin d’entendre, mais je me demande vraiment où est l’humanité dans le coeur de ces gens qui ont à priori le pouvoir de changer les choses ? ). Alarmés par l’horreur des accusations de Léa, ils vont voir les enfants. Mais le monstre sait y faire. Démontrant une quiétude extraordinaire, il parvient à les convaincre que les enfants ne sont pas en danger (pourtant c’est un alcoolique et un drogué mais le matin, pensez-vous, il n’est pas encore en crise)...c’est quand même incroyable que des gens supposés professionnels soient si faciles à leurrer. Du coup on répète à Léa qu’il s’agit de sa parole contre la sienne. Il faut attendre le jugement. Un mois. Un mois sans voir ses enfants. Un mois entier qu'on donne impunément au tortionnaire pour bourrer le petit crâne des enfants de mensonges douloureux: le soi-disant abandon de leur mère, la haine de leurs grand-parents.

Vous pensez que les femmes battues sont aidées. Après tout on en parle tout le temps dans les journaux. On connaît même les statistiques par coeur...mais il n’y a rien : très peu ou parfois pas de foyer d’accueil même dans les grandes villes, aucun soutien psychologique, aucune aide sociale (pour la recherche urgente d'un toit parce qu'une femme qui s'est sauvée de sa maison ne peut pas récupérer ses enfants tant qu'elle n'a pas d'appartement), quant à la justice, si vous n’avez pas la chance d’avoir un minimum de moyens, vous ne pouvez payer ni de logement ni d’avocat, vous n’avez donc aucune chance. Mais Léa en a de la chance (enfin dans sa malchance), ses parents ont un petit d’argent, oh pas grand chose c’est qu’ils ont travaillé si dur depuis l’âge de 14 ans, alors ils lui paient une chambre de 10 m² dans laquelle elle pleure du matin au soir à en devenir folle, et ceci jusqu’au procès. Qui tarde. Et comme la vie coûte cher, le père de Léa, à soixante ans, doit trouver un autre travail. Ceci parce que la justice est lente, si lente...surtout pour les gens bien. Il ne faut donc pas que de l’argent pour s’en sortir, il faut de la patience, beaucoup de patience parce que assistantes sociales, juges, flics, avocats... tout le monde s’en fout.

Après on s’étonne qu’une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son mari...

 

PS: Je viens de lire un article sur LE MONDE du 3 janvier 2007 où il était question de proposer une loi plus rigoureuse pour aider les femmes battues et punir leur bourreau plus rapidement en créant un tribunal qui ne s'occuperait que de ce genre d'affaires. L’article est comme toujours très bien écrit...mais les mots ne suffisent pas. Je vous assure qu’il faut bien plus pour aider ces pauvres femmes. Ségolène Royal parle d’en faire sa priorité si elle est élue. Et si elle ne l’est pas ? Tout continuera-t-il comme avant ?

 

Commentaires

j'ai lu la partie coup de coeur et coup de gueule, la partie qui concerne Lea,

c'est terriblement émouvant et tellement triste, j'espère que ça s'arrange pour Léa et ses enfants ainsi que pour ses parents évidemment, j'ai moi aussi 1 petite fille et rien qu'à l'idée qu'elle puisse être en danger, j'ai la peau qui se hérisse.... alors si je pouvais parler à Léa je lui dirais qu'elle est très courageuse et qu'il faut qu'elle le soit encore... qu'elle, elle n'a aucune raison d'avoir honte, quant à lui, même pas la peine d'en parler...

Écrit par : violeta | mercredi, janvier 10, 2007

L'histoire de Léa m'interpelle.
Tellement de vrai dans tout ça...

Je retrouve la femme battue completement isolée, fragilisée et honteuse, le conjoint manipulateur, les "experts" qui se laissent berner par la bonne image extérieure du mari, la lenteur de la justice, l'inefficacité de la police, le bourrage de crâne des enfants, le coût en argent, en temps et en énergie de la bagarre.
Tout ça, j'ai déjà donné.

Un conseil : Ne pas se séparer des enfants et si possible, rester chez soi jusqu'à ce que la justice ai décidé la séparation. Pas facile à réaliser et très risqué, j'en sais quelque chose. Appeller la police systematiquement et porter plainte.
Une fois qu'on a fait le chemin dans sa tête et qu'on est sûre de vouloir mettre un stop, c'est déjà un pas énorme en avant. Et surtout ne pas regretter, ça ne s'arrange jamais.

Je souhaite un courage énorme à celles qui sont concernées, et même si dans l'après tout n'est pas rose on est tellement soulagée !!!

http://www.ciao.fr/Violence_au_sein_du_couple__Avis_942063/SortOrder/4

Écrit par : noisette | mercredi, janvier 10, 2007

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu